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L’abbé François Duine (1870- 1924) a donné lui-même l’objectif qu’il s’était tracé en rédigeant ses cahiers de « Souvenirs et Observations : collaborer à la préparation des générations moins hallucinées et moins saisissables aux puissances du mensonge ». Il écrit cela en 1916… Le ton de ces souvenirs est peu habituel dans le clergé d’alors. Il a une vigueur, une liberté, une impertinence parfois, qui ne doivent pas occulter la profondeur de l’expérience humaine et intellectuelle de ces pages. Certaines d’entre elles sont d’une écriture splendide. (Quatrième de couverture). Un exemple parmi beaucoup d’autres, lors d’un voyage en Suisse, il a 26 ans : « Ce que j’ai le plus admiré, c’est à travers la solitude et le silence d’une nuit, la lumière innombrable des étoiles sur les montagnes de neige d’une blancheur si douce, puis le bleu, le bleu du lac de Genève sous le soleil ; l’agonie rose et grise de la lumière sur la chaîne du Mont Blanc, et les eaux vertes sous la lune ». Plus tard il avouera : « J’avais la manie écrivassière et livresque ». Les fortes lectures ont ensemencé sa mémoire. Au fil de la plume voici Montaigne, La Fontaine, Mme de Sévigné, Châteaubriand, Shakespeare, et aussi les romantiques… Dans la postface, Pierre Riché, professeur émérite à l’Université Paris X écrit : « Ce prêtre se veut un homme d’études, ce qui était mal vu de ses confrères. Connaissait-il ce mot de Bède le Vénérable (moine anglo-saxon du VIIe siècle) ? : « Toute ma vie, je l’ai passée à apprendre, à enseigner et à écrire ». En dehors de ses devoirs pastoraux, l’abbé Duine aurait pu reprendre ces trois mots. Apprendre : dès son plus jeune âge, il aime lire et collectionner par la suite un très grand nombre de livres. A la fin de sa vie, il en aura des centaines, « ses doux trésors »… et la Bibliothèque nationale deviendra : « son sanctuaire irrésistible ». enseigner : il a été professeur au Collège Saint-Martin de Rennes, à celui de Saint-Lô, à Juilly (Paris) et aumônier du Lycée de Garçons et du Lycée de Filles de Rennes, grâce à son ami Georges Dottin, Doyen de la Faculté des Lettres… Il a aimé l’enseignement, mais à une condition – parfois méconnue dans certains établissements – l’enseignant doit avoir du temps libre pour se cultiver, mettre à jour ses notes, et surtout faire circuler dans ses cours une sève toujours fraiche, faute de quoi on a des répétiteurs et non des éducateurs. ecrire : L’abbé Duine est historien de la Bretagne, et en particulier de son pays de Dol. Son livre majeur : Les origines bretonnes. Étude des sources. Vie de Saint Samson (évêque de Dol). Le grand historien Mgr Duchesne lui écrira : « Vos travaux sont bien conçus, et vos recherches ont une étendue vraiment étonnante… Je crois bien que c’est vous qui écrirez le livre définitif sur l’hagiographie bretonne ». F. Duine a aussi écrit : Lamennais, sa vie, ses idées, ses ouvrages, ainsi qu’une monographie Un village de France - Guipel. Il fut vicaire dans cette paroisse (1902- 1904).
Dans la préface, Bernard Heudré met en valeur la lucidité de ce prêtre atypique : « Mieux que les prêtres attachés au ministère paroissial, il mesure dans ses souvenirs, la poussée inéluctable de la sécularisation et de la déchristianisation. Surtout à Guipel et à Rennes, il a pressenti la fin… du conformisme religieux. Lecteur de Renan… il a particulièrement aimé les Souvenirs d’enfance et de jeunesse et remarqué cette analyse : « Un état de chose prend fin de notre temps. Il n’y a plus de masses croyantes… La religion est irrévocablement devenue une affaire de goût personnel ».
Félicitations à Bernard Heudré pour la richesse et la précision des notes de bas de page, très riches sur le plan historique.