Lundi 20 Mai 2013

L’Eglise et la société

Accueil > L'Eglise et la société > Croire... ou pas ?

Parution dans Eglise en Ille-et-Vilaine n°104, 20 nov. 2006

Rencontre autour d'Assise

Les 20 ans de la rencontre inter religieuse à Assise

Edith Castel
Le jeudi 2 novembre, à l’occasion des 20 ans de la Rencontre interreligieuse d’Assise, quelque 200 personnes se sont retrouvées aux Champs Libres pour une conférence intitulée « L’esprit d’Assise aujourd’hui ». Autour de la table, Henri Tincq (en photo), journaliste au Monde, membre du Comité éditorial du « Monde des Religions », auteur de plusieurs ouvrages, et Valérie Reigner, responsable de la communauté Sant’Egidio de Paris. Prélude à un temps fort de dialogue entre les différentes communautés religieuses présentes à Rennes qui a eu lieu à la salle paroissiale Saint-Jean-Marie Vianney, le dimanche suivant. Quelques lignes de force de la conférence d’Henri Tincq.

Il y a 20 ans, Assise a représenté « une promesse pour l’avenir ». Pour la première fois de l’histoire, un pape réunissait les représentants des grandes religions du monde. Pour la première fois, on voyait en public, le grand rabbin de Rome avec des représentants du culte musulman, et « le pape Jean-Paul II quasiment bras dessus bras dessous avec le Dalaï Lama ». Ceci dit, cette rencontre a suscité aussi beaucoup de critiques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Église catholique.

Vingt après, le bilan est positif et les intuitions de Jean-Paul II demeurent plus que jamais d’actualité : « La paix dans le monde passe par la paix entre les religions » et « C’est en dialoguant avec les autres traditions que chacun peut approfondir sa propre religion ». Même si force est de reconnaître que « le climat a changé » et que les communautés s’interrogent face à « la montée des crispations identitaires et des fondamentalistes ».

Au chapitre des changements positifs, Henri Tincq a noté les deux textes majeurs du Concile Vatican II sur la liberté religieuse (Dignitatis humanae du 7 décembre 1965) et sur le dialogue avec les religions non chrétiennes (Déclaration Nostra Aetate du 28 octobre 1965). Vingt ans après, constate le journaliste spécialisé en information religieuse, « les fruits sont positifs par rapport au judaïsme et aux autres confessions chrétiennes, même si certains sujets n’avancent pas avec les protestants, même si Jean-Paul II n’a jamais pu aller en Russie, même si la reconnaissance des ministères féminins par l’Église anglicane rend le dialogue difficile ».

Tout en reconnaissant, le positif, Henri Tincq s’est montré un peu plus réservé pour l’Islam. Évoquant tour à tour la vague de violence qui a secoué l’Algérie de 1994 à 1996, causant la mort de 20 religieux, dont les moines du monastère de Tibhirine et Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran, les prêtres qui ont payé de leur vie les caricatures du Prophète Mahommet, mais aussi l’exode des chrétiens du Proche-Orient. Face à ceux qui disent : « Pas de dialogue possible avec l’Islam » et à ceux qui s’appuient sur « les années où le dialogue était possible dans un climat de rencontre fraternelle », le journaliste a cité Jean-Paul II : « Nous sommes les fils d’un même Père. Mais le christianisme et l’islam ont des exigences de réciprocité et de clarté ». Il faisait ainsi allusion à l’ouverture de lieux pour le culte musulman en France, alors qu’en Arabie Saoudite, les chrétiens rencontrent des difficultés pour l’exercice de leur propre tradition religieuse.

Après ce rapide panorama du paysage interreligieux, Henri Tincq a tourné son regard vers l’avenir. « Les religions se parlent, il faut continuer, en tenant bon sur trois bases ». Après des années « d’enfouissement dans la pâte pour mieux communiquer, n’ayons pas peur d’afficher notre identité, dans le respect de l’autre et avec l’exigence de réciprocité ». En rappelant que le dialogue « ne se fera pas seulement sur les thèmes théologiques, même s’il est important d’y réfléchir et d’avancer dans la compréhension » et que « tout reste à faire dans le dialogue de vie ».

En guise de conclusion, le co-auteur du Dictionnaire des religions a déclaré : « Au 21e siècle, le dialogue doit tenir compte de deux facteurs qui s’entretiennent mutuellement : l’intégrisme et le scepticisme. La religion sert de carburant à la guerre, alors que la connaissance de l’autre enrichit ».

PDF - 40.7 ko
20 ans Assise - Sant’Egidio

TELECHARGEZ le texte intégral de l’intervention de Valérie Reigner, responsable de la Communauté Sant’Egidio de Paris
Haut de page - Imprimer - Mis à jour : Janvier 2007