Jeudi 23 Mai 2013

L’Eglise en Ille-et-Vilaine

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Le rassemblement œcuménique de Sibiu

Père Eugène Bérel, délégué diocésain à l’oecuménisme

La lumière du Christ dans l’Église
La lumière du Christ pour l’Europe
La lumière du Christ dans le monde

Capitale européenne de la culture pour l’année 2007, la ville de Sibiu en Roumanie a aussi été la capitale européenne de l’œcuménisme du 3 au 9 septembre dernier. Plus de 2500 délégués des différentes confessions chrétiennes d’Europe (orthodoxes, catholiques romains, catholiques grecs, luthériens, réformés, anglicans, adventistes, baptistes, évangéliques, pentecôtistes.. et d’autres encore) s’y sont retrouvés pour réfléchir aux enjeux européens de la Charte œcuménique signée en 2000 par toutes les Églises d’Europe.

1. En amont de ce rassemblement, les chrétiens de la ville de Sibiu avaient organisé du 3 au 9 septembre 2006 une semaine de prière non stop prise en charge par les différentes confessions présentes à Sibiu. Cela se passait à la cathédrale luthérienne. Chaque confession chrétienne s’est beaucoup engagée dans ce moment de prière et cela a été très positif pour le vécu de l’œcuménisme à Sibiu.
A la fin d’août 2007, une centaine de jeunes venant de différents pays d’Europe et de diverses confessions chrétiennes se sont rassemblés à Sibiu pour mieux se connaître et préparer le congrès œcuménique. L’amitié les a soudé les uns les autres, en dépit de leur différence de langues, de culture, de racine, de confession religieuse.

2 Venons-en au rassemblement lui-même.

2.1 Les journées étaient émaillées de nombreux temps de prière commune. Quelle richesse de partager la prière les uns des autres ! « Beaucoup de protestants ont ainsi été emportés par la richesse des liturgies orthodoxes ou la convivialité de la célébration baptiste, dit le pasteur Gilles Daudé, alors même que la sécheresse des liturgies réformées et luthériennes hyper-orthodoxes les ont laissé de marbre ! Décidément, ajoute t-il, nous avons à recevoir les uns des autres ».

Deux temps forts ont particulièrement marqué les participants :

  • Les vêpres orthodoxes présidées par le métropolite de Sibiu dans sa cathédrale remplie de congressistes. L’homélie était donnée par le métropolite Daniel de lasi, devenu depuis patriarche de Roumanie. La présence de choeurs roumains, russes, grecs donnaient à cette célébration une solennité particulière en cette veille de la fête de la nativité de la Vierge Marie.
  • La concélébration eucharistique des gréco-catholiques avec les catholiques latins, dans le rite byzantin de saint Jean Chrysostome, en présence de plus de 50 évêques et de 300 prêtres. Beau témoignage d’unité dans une expression de la foi qui n’est pas commune aux occidentaux.

L’œcuménisme spirituel avait ainsi une importance particulière dans ce rassemblement. En ce domaine, il a été suggéré de partager une spiritualité avec d’autres, lors d’évènements publics, de pèlerinages, de rencontres ; de groupes de prières. Nos liturgies orthodoxes, protestantes, anglicanes, catholiques, arméniennes... foisonnent de chants et de prières qui peuvent alimenter notre propre prière. Il est recommandé d’y puiser largement. En France, un recueil de prières et de chants œcuméniques est paru voici cinq ans. Pensons à l’utiliser largement.

2.2 la convivialité était aussi au rendez-vous.
Beaucoup de délégués se connaissaient et étaient heureux de se retrouver. D’autres faisaient connaissance pour la première fois et l’accueil était toujours très chaleureux. Catholiques et protestants français sont venus par le même vol de Paris à Bucarest et ont partagé 7 heures de bus entre Bucarest et Sibiu : ceci a permis de nombreux contacts, une certaine complicité et une intense fraternité. J’ai juste assisté à un échange un peu musclé entre un gréco-catholique et un orthodoxe de Roumanie. Mais ce ne fut qu’un épiphénomène en instance d’ailleurs de règlement !

2.3 La dimension théologique de nos différences n’était pas précisément au programme de ce rassemblement.
Elle se fait dans d’autres instances par les échanges bilatéraux comme celui qui a lieu début octobre 2007 à Ravenne entre catholiques et orthodoxes. L’évêque luthérien Wolfgang Huber a quand même évoqué la reconnaissance mutuelle du baptême adoptée le 29 avril 2007 à la cathédrale de Magdebourg par 11 églises chrétiennes d’Allemagne. Il y est reconnu que l’ordre donné par Jésus de baptiser a préséance sur la question de la légitimité des ministres qui administrent ce sacrement. Et il a suggéré au passage que cette réflexion qui donne à l’invitation de Jésus le précédent sur les différentes conceptions du ministère pourrait ouvrir aussi la voie à une réponse à la question concernant la communauté de la cène.
Le cardinal Kasper n’a pas craint d’évoquer le document publié par la Congrégation pour la doctrine de la foi. « Je sais, a t-il dit, qu’il a heurté beaucoup de personnes, de frères et de sœurs évangéliques. Je ne suis pas insensible à cela, car les blessures et les douleurs de mes amis sont aussi les miennes. Mais l’œcuménisme serait douillet et faux s’il consistait seulement à être aimable les uns avec les autres. Le seul moyen d’avancer est le dialogue dans la clarté ».

2.4 Le rassemblement de Sibiu voulait être surtout la relance de la Charte œcuménique européenne signée à Strasbourg en 2000, suite au rassemblement de Graz en 1998. II s’agit d’une mise en œuvre d’un œcuménisme pratique. Que pouvons-nous (que devons-nous) faire ensemble, nous les églises chrétiennes ? D’abord dans nos églises, en Europe, puis dans le monde pour être cette lumière du Christ qui brille pour tous.

  • Quelle église peut à elle seule représenter tout le spectre des couleurs présent au sein de cette lumière ? Le respect mutuel pour la qualité ecclésiale des autres églises est nécessaire. Mais ce respect mutuel implique également un examen autocritique de sa propre tradition. Les églises sont liées par des sources et des traditions communes : les récits bibliques, les confessions de foi de l’église ancienne, l’inspiration des Pères de l’église et des grands théologiens médiévaux renferment un trésor inaliénable. II nous faut aimer l’autre Église comme la nôtre !
  • A Sibiu, on a vu émerger une sorte de « doctrine sociale œcuménique », concernant la paix, la justice, la sauvegarde de la création, les changements climatiques, le droit de la personne, la question des réfugiés... Paul dans Eph 5,8-14, nous demande de vivre en enfants de lumière et de mettre en œuvre les fruits produits par la lumière du Christ. Comment ?
    • par la bonté : non pas parce que nous sommes bons, mais parce que nous avons fait l’expérience de la bonté de Dieu. Les gens ont faim de bonté : C’est le cas d’une infirmière soignant une femme souffrant de démence : de tels actes transforment le monde.
    • par la justice : non pas parce que nous savons ce qui est juste, mais parce que nous sommes justifiés par l’oeuvre réconciliatrice du Christ. Dieu se place du côté des pauvres. Dieu intègre les exclus. II faut savoir surmonter la crainte qu’inspire l’altérité de l’autre.
    • par la vérité : non pas parce que nous sommes détenteurs de la vérité, mais parce que l’Esprit nous conduit à la vérité du Christ. II ne faut pas céder à la tentation de vouloir avoir raison à tout prix. La vérité n’est pas un dogme. L’enjeu de la recherche de la vérité n’est pas de faire valoir notre propre lumière, mais de nous exposer toujours à nouveau à la lumière du Christ.
    • Lumière et ténèbres sont des termes opposés, pour Paul. II=l ne semble pas y avoir de stade intermédiaire. Pas de place pour le crépuscule ! Et pourtant pour bien des questions, nous ne trouvons pas de réponses claires, nous ignorons ce qui est juste ou faux. Il existe pas mal de zones grises dans nos vies. Mais depuis le baptême nous ne vivons plus en nous appuyant sur nos seules capacités personnelles. La lumière du Christ fait œuvre d’efficacité dans nos vies. Des chrétiens qui vivent en frères doivent être l’âme des peuples européens plus unis. Nous avons besoin les uns des autres. L’œcuménisme est un échange de dons. Il y a un lien profond de la paix et de l’unité des chrétiens avec la paix du monde et son unité.
    • La paix et la sauvegarde de la création : les chrétiens ont une force de paix. L’Europe qui est à l’origine de deux guerres mondiales devrait être à l’origine de la paix dans le monde, en créant des groupes qui s’engagent pour la justice, la paix, la sauvegarde de la création, l’élimination de la violence. A la suite de Bâle (1989), le mouvement Pax Christi a créé une commission spécialisée « Création et développement durable ». Est né aussi le projet « Réseau chrétien : paix, environnement et modes de vie ». Il s’agit de groupes œcuméniques qui réalisent des actions de formation, comme la manifestation du 4 octobre comprenant une célébration suivie d’échanges, comme les actions : « Vivre Noël autrement’ ; »Vivre l’été autrement«  ; »manger autrement«  ; cultiver autrement’ ; »voyager autrement«  ; »être heureux autrement« ... en référence à la »Charte de la terre« de 2000 émanant de l’ONU. Ceci amène des réflexions sur les voyages, les déplacements, la déforestation, le reboisement, l’utilisation du dimanche... Il y a un lien important entre la paix et la sauvegarde de la création, car les »conflits verts" risquent de se généraliser.
    • L’Europe et l’Afrique : l’avenir de l’Afrique est lié à celui de l’Europe. L’Afrique est terre de douleur, de maladies, de violence. L’Europe et l’Afrique ont un destin commun, comme l’a rappelé et vécu Albert Schweitzer. Or l’Europe ne fait-elle pas bonne chère tandis que Lazare meurt à sa porte, de faim, de manque d’eau… La terre est une maison commune : on s’en rend mieux compte avec les changements climatiques, les effets de serre.. Beaucoup d’européens sont morts en Afrique alors qu’ils y étaient partis travailler pour le bien être des africains ; beaucoup de missionnaires (catholiques, protestants, anglicans..) y sont morts pour leur foi en Christ et leur espérance dans l’homme noir. D’un autre côté, beaucoup d’africains sont morts pour la cause européenne surtout au cours des dernières guerres. L’Afrique a vu beaucoup de présence européenne sur son sol, mais pas toujours amicale ! L’Afrique a été un lieu où l’Europe a développé ses projets, ses conquêtes, mais aussi ses rêves. Aujourd’hui, en Afrique, celui qui ne parle pas une langue européenne reste au village. Les africains ont adopté le système scolaire européen, les jeunes s’habillent à l’occidental, ils suivent les chaînes de TV de l’Europe, ils s’efforcent de réaliser une démocratie à l’occidentale. Bref, culturellement l’Afrique est européenne aujourd’hui. Pourtant elle est trop loin de l’Europe. II faut raccourcir cette distance. L’évangile peut nous unir et nous faire vivre en communion. Cette distance n’est pas une condamnation ni un destin. Nous pouvons être sauvés, mais seulement ensemble (pas l’Europe sans l’Afrique). Le monde attend aussi de l’Europe qu’elle témoigne d’une convivialité interreligieuse : c’est sa mission. Vue de l’espace, l’Europe est une des parties du monde les plus éclairées de la planète. Que faisons-nous de cette lumière ?

Déclaration finale de Sibiu

(extraits)

La lumière du Christ dans l’Église

  • continuer les échanges sur la reconnaissance mutuelle du baptême en lien avec l’eucharistie, les ministères et l’ecclésiologie.
  • créer des activités qui nous unissent :
    • prier les uns pour les autres et pour l’unité (échange de prières),
    • réaliser des pèlerinages œcuméniques,
    • intensifier la formation théologique et les études communes,
    • réaliser des initiatives sociales et diaconales,
    • programmer des projets culturels communs.
  • agir envers les jeunes, les pauvres, les minorités ethniques, les handicapés (sourds, aveugles...)

La lumière du Christ pour l’Europe

  • promouvoir les droits des minorités ethniques, surtout des « roms »,
  • mettre fin aux détentions injustifiées des migrants,
  • préserver l’unité de la famille,
  • être solidaire des chrétiens d’Orient et d’Irak,
  • lutter contre le trafic des personnes,
  • appliquer et développer la Charte œcuménique européenne.

La lumière du Christ dans le monde

  • concertation des églises d’Europe avec celles des autres continents (Afrique)
  • initiatives pour l’annulation de la dette des pays pauvres.
  • soutenir les objectifs du millénaire pour le développement (ONU)
  • promouvoir des styles de vie qui permettent un développement durable.
  • protection de la création : actions entre le 1°/09 et le 4/10 (saint François) de chaque année.

« Je suis convaincu que l’élan de l’œcuménisme vient de la base, avant que les théologiens et les responsables des Églises s’en emparent »
J.A. de Clermont

P.S. En marge du rassemblement, j’ai aussi assisté à une communication du frère Guido Dotti de la communauté de Bose (Italie) qui a évoqué l’idée d’une commémoration œcuménique des témoins de la foi. En 2004, un colloque a rassemblé à Bose des chrétiens de diverses confessions pour réfléchir aux témoins de leur église jugés aptes à être reconnus par les autres et aussi pour songer à des célébrations communes. Il pourrait y avoir deux niveaux de reconnaissance : les saints et les héros de la foi (ceux-ci n’étant pas toujours un modèle pour une famille chrétienne, mais sûrement un modèle de vie évangélique).
Il y a déjà des antécédents : les Églises de Roumanie (catholiques, orthodoxes, protestantes) ont publié un volume commun de leurs martyrs du XX° siècle. Les Églises d’Allemagne ont édité des volumes séparés. En France, les éditions Bayard ont fait paraître un calendrier des saints de différentes confessions chrétiennes. Cette communion des saints et des témoins de la foi peut aussi nous aider à poursuivre nos avancées œcuméniques.
Haut de page - Imprimer - Mis à jour : Octobre 2007

Oecuménisme

PENTECÔTE
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25 000 catholiques
s’enflamment pour
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