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Dossier publié dans Eglise en Ille et Vilaine n° 191 du 17 janvier 2011

La Bible toujours nouvelle : une histoire oecuménique de la Bible à l'occasion de la sortie de la nouvelle TOB

Dossier réalisé par Édith Castel
Avec plus de 2120 traductions en langues et dialectes différents, la Bible est incontestablement le livre le plus traduit au monde. En novembre dernier, les éditions du Cerf et la Société biblique française (éditions Bibli’O) ont publié la nouvelle édition de la Traduction Œcuménique de la Bible (TOB), dernière en date des traductions qui se sont succédées depuis les premiers siècles de l’histoire de l’Eglise. En même temps, voyaient le jour le projet « ZeBible » à destination des jeunes et la traduction de l’évangile selon Saint- Luc en langage des signes pour les personnes sourdes et malentendantes.
SOMMAIRE

En 1975, la publication de la TOB – Traduction Œcuménique de la Bible – a marqué un tournant dans la longue histoire de la traduction de la Bible. Pour la première fois dans l’histoire, des biblistes orthodoxes, protestants et catholiques, ont travaillé ensemble à une traduction moderne et annotée du texte biblique. Vingt-cinq ans plus tard, elle connaît une nouvelle édition. Présentation de l’ouvrage et de son cheminement par Andrée Thomas, Responsable du secteur biblique aux éditions du Cerf, coéditeur de la TOB avec Bibli’O, la maison d’édition liée à l’Alliance Biblique Française.

Église en Ille-et-Vilaine : Pouvez-vous faire un rapide historique de cette aventure éditoriale et spirituelle ?

Andrée Thomas : L’entreprise a commencé en 1960 avec la traduction du livre test, l’épître de Paul aux chrétiens de Rome, suivie du Nouveau Testament en 1972, et de l’Ancien en 1975. En 1988, il y a eu une révision et une harmonisation de l’ensemble de la traduction indispensable à la présentation de l’ensemble en un seul volume. L’Association OEcuménique pour la recherche biblique porte la TOB depuis les origines.

Pourquoi une nouvelle édition ?

En 2004, il y avait déjà eu une révision du Pentateuque. Selon les mots de Thomas Roëmer, un bibliste qui occupe la chaire des « milieux bibliques » au Collège de France depuis 2007, il s’agissait « d’énoncer clairement les hypothèses, de faire part des découvertes exégétiques récentes, tout en pratiquant une certaine retenue envers tout ce qui touche aux affirmations doctrinales ». Les rédacteurs avaient actualisé les introductions générales à la Bible, retouché les tableaux chronologiques en écartant les datations trop hypothétiques, et retravaillé un certain nombre de notes. Mais ce travail demeurait incomplet puisque uniquement centré sur le Pentateuque. Sans compter les corrections, remarques et suggestions envoyées par des biblistes, des exégètes, voire de simples lecteurs, auxquelles nous voulions faire droit. Tout ceci a pris corps en 2008 et a donné la nouvelle édition de 2010.

Quels points ont été plus particulièrement travaillés ?

La traduction elle-même a été revue dans une double perspective : d’une part, des retouches ponctuelles portant sur des mots, correction des fautes d’orthographe ou de ponctuation, rectification dans la numérotation de versets, etc. ; d’autre part des retouches systématiques dans l’intérêt à la fois de la fidélité au texte source et de la clarté de la langue.

Pouvez-vous donner quelques exemples ?

Un travail a été fait autour des Noms de l’Éternel. Pour éviter les connotations d’envie, l’adjectif « jaloux » appliqué à Dieu a été remplacé par exigeant et le substantif jalousie par zèle dans les cas où Dieu prend le parti de son peuple, et par ardeur quand il s’en prend à lui. Le verbe « prophétiser », quand il décrit l’activité du prophète, porte-parole de Dieu, ouvrait la porte à un contresens, dans la mesure où il était compris au sens usuel de « prédire ». Il a donc été avantageusement remplacé par parler en/comme prophète. Etc.

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La Bible hébraïque

Quelques traductions au fil du temps :


  • À Alexandrie du IIIe siècle avant notre ère la Septante, traduction grecque de la Bible hébraïque.
  • 381 La Vulgate – traduction latine de Saint-Jérôme
  • 1530 à Anvers t première traduction en français à partir du texte de la Vulgate latine par un catholique, Lefèvres d’Etaples.
  • 1535 Olivetan met au point une traduction à partir des textes originaux de l’Ancien et du Nouveau Testamentshébreu, araméen, grec.
  • 1696 La Bible de Lemaistre de Sacy. 1880 t La Bible de Louis Segond, un protestant.
  • 1894 Première version de la Bible du chanoine Crampon.
  • 1955 La Bible de Jérusalem.
  • 1971 La Bible des éditions La Pléiade.
  • 1973 La Bible de Jérusalem révisée.
  • 1973 La Bible du chanoine Osty.
  • 1975 TOB - Traduction OEcuménique de la Bible.
  • 1977 La Bible de Chouraqui à partir de l’hébreu.
  • 1982 La Bible en français courant.
  • 2000 La Bible en français fondamental.
  • 2001 La traduction des Editions Bayard.
  • 2002 La Bible Segond révisée.
  • 2010 Nouvelle édition de la TOB.

Le Nouveau Testament a-t-il été retouché ?

La principale retouche a porté sur la traduction du grec Ioudaioi par « Juifs » dans l’évangile de Jean. Le français et le grec n’ont pas les mêmes significations : en français, le terme « juif » est susceptible de deux acceptions seulement selon les cas — adepte de la religion juive, ou descendant de Jacob ; en grec, il peut désigner aussi, selon les cas, soit les Judéens, soit les autorités du judaïsme d’alors. Une équipe oecuménique a proposé des équivalents français en rapport avec le contexte de chaque situation.

Ze Bible sur le web


En mai prochain, Bibli’O, les éditions de l’Alliance Biblique Française, publieront ZeBible, une édition complète et originale de la Bible à destination des jeunes de 15 à 25 ans. Le projet de ZeBible est simple : donner envier aux jeunes d’ouvrir la Bible, pour se familiariser avec les textes et y trouver des repères pour leur vie.
Pour ce faire, les équipes de rédaction ont mis au point un outil accessible à tous, basé sur une pédagogie innovante. Les textes bibliques sont présentés dans la version en français courant et ils sont accompagnés de divers outils et aides de lecture : notices au fil du texte, programmes de lecture progressifs, fiches thématiques, portraits de personnages…
Les parcours thématiques évoquent les questions qui intéressent les jeunes – amour et amitié, justice et droits humains, sens de la vie, choix… D’autres outils pratiques aideront les jeunes à se retrouver dans l’univers biblique : index, cartes, plans, tables chronologiques. En préparation à cette publication, les éditions proposent un parcours biblique intitulé « ZeBible 9 ».
Parcours en 9 étapes à partir de 9 textes bibliques, en lien avec le site communautaire des jeunes lecteurs de la Bible : www.zebible.com où les jeunes peuvent consulter les textes bibliques dans leur intégralité, trouver des textes pour la méditation quotidienne, échanger par le biais des forums de discussion, sans oublier le magazine Zemag qui propose chaque mois une approche de la Bible à partir des centres d’intérêt des jeunes et des questions de société les concernant.

La grande nouveauté demeure cependant l’adjonction de six livres qui font partie de la tradition des chrétiens d’Orient !

Au III° siècle avant notre ère, à Alexandrie, la Bible hébraïque a été traduite en grec, c’est ce que l’on appelle la Septante. Elle contient tous les livres du canon biblique hébraïque plus un certain nombre d’autres que l’on appelle « deutérocanoniques  ». Parmi ces derniers, certains ont été reconnus par les catholiques et les orthodoxes
  Tobie, 1 et 2 Maccabées, la Sagesse, l’Ecclésiastique, Baruch, Judith, la Lettre de Jérémie, et des ajouts grecs aux textes hébreux de Daniel et d’Esther. Six autres deutérocanoniques - Esdras 3 et 4, Maccabées 3 et 4, la prière de Manassé et le psaume 151 – qui sont utilisés dans la liturgie orthodoxe ont fait leur entrée dans la nouvelle version de la TOB. Cette dernière, ayant adopté l’ordre du canon juif des Écritures, a placé l’ensemble de ces livres deutérocanoniques après les livres qui constituent le canon hébraïque, juste avant le Nouveau Testament.

L’évangile . selon Saint-Luc en langue des signes

En juillet 2010, les éditions Bibli’O ont publié une traduction de l’évangile selon Saint-Luc en langue des signes pour les personnes sourdes et malentendantes sous la forme d’un coffret de trois DVD.
Cette initiative est née d’un constat : les personnes sourdes ont très souvent un accès limité à la lecture… N’entendant rien, elles sont limitées en vocabulaire. D’où l’idée de passer par la vidéo, comme les personnes aveugles passent par le braille.

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Confrontés à l’absence de signes spécifiques au vocabulaire biblique, les groupes de traduction ont inventé 90 nouveaux signes bibliques.
L’un des exemples les plus clairs concerne la traduction en langue des signes du mot Esprit-Saint, mot théologique un peu compliqué. Jérémie Heitz, coordinateur du projet, explique : « Le nouveau signe se trouve dans le lexique du DVD avec l’explication filmée : le mot ‘esprit’ veut d’abord dire : souffle, vent, ou l’air respiré pour vivre. Si quelqu’un ne respire plus, il meurt. Le Saint-Esprit est la force vive donnée par Dieu ».
Ce lexique situé à la fin de chaque DVD représente un véritable plus pour les personnes sourdes.
Les équipes de traduction espèrent pouvoir bientôt traduire d’autres livres de la Bible.

Conclusion de l’exhortation apostolique Verbum Domini

« Au terme de ces réflexions par lesquelles j’ai voulu recueillir et approfondir la richesse de la XIIe Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église, je désire encore une fois exhorter le Peuple de Dieu tout entier, les pasteurs, les personnes consacrées et les laïcs à s’engager pour devenir toujours plus familiers des Écritures Saintes.

Nous ne devons jamais oublier qu’à la base de toute spiritualité chrétienne authentique et vivante, se trouve la Parole de Dieu annoncée, écoutée, célébrée et méditée dans l’Église. Cette intensification de la relation avec la Parole divine se réalisera avec d’autant plus d’élan que nous serons davantage conscients de nous trouver, dans l’Écriture comme dans la Tradition vivante de l’Église, face à la Parole définitive de Dieu sur le monde et sur l’histoire. « Comme nous le fait contempler le Prologue de l’Évangile de Jean, tout ce qui est se trouve sous le signe de la Parole.

Le Verbe jaillit du Père et il vient demeurer parmi les siens puis il retourne dans le sein du Père pour emporter avec lui toute la création qui, en lui et par lui, a été créée. Aujourd’hui, l’Église vit sa mission dans l’attente anxieuse de la manifestation eschatologique de l’Époux : « L’Esprit et l’Épouse disent : Viens ! » (Ap 22,17).

Cette attente n’est jamais passive mais elle est une tension missionnaire dans l’annonce de la Parole de Dieu qui purifie et rachète tout homme : aujourd’hui encore, Jésus ressuscité nous dit : « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création » (Mc 16,15). »

La Parole du Seigneur - Verbum Domini
Exhortation apostolique - Benoît XVI
Editions Bayard- Cerf – Fleurus-Mame - 2010. 4,90 €

Haut de page - Imprimer - Mis à jour : Janvier 2011

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