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Les dégâts causés par le séisme se font sentir chaque jour. Au niveau du personnel d’abord : des dizaines de prêtres, religieux, religieuses et séminaristes ont été tués. De nombreux laïcs engagés aussi. Quant aux pertes matérielles, elles sont visibles à chaque carrefour de Port-au-Prince et des autres villes sinistrées : écoles et séminaires écrasés, églises disparues, messes célébrées sous les tentes, etc. La tâche de reconstruction s’avère longue et coûteuse. On ne peut guère attendre des fonds publics puisque les bâtiments de l’administration publique ont également été lourdement touchés : ministères, hôpitaux, lycées, collèges, écoles primaires…
Le cas de Jean-Bertrand Aristide a beaucoup divisé le corps ecclésial. Avec une hiérarchie hostile – mis à part Mgr. Romélus, évêque de Jérémie – et les communautés ecclésiales de base, majoritairement favorables au prêtre-président, la rupture a été si profonde qu’il faudra des années pour panser les plaies encore ouvertes. Du coup, la hiérarchie catholique est devenue très timide dans ses prises de position, car le pays est meurtri.
Et ce ne sont pas les élections récentes qui vont arranger les choses. Dans un tel contexte, l’Église – du moins la hiérarchie – hésite à parler, peut-être paralysée par la peur d’augmenter les fossés et les divisions internes. Peut-être aussi divisée entre certains évêques ouvertement critiques, et d’autres qu’on n’entend jamais prendre la parole.
Il n’en reste pas moins que l’Église est la seule institution présente dans les coins les plus inaccessibles du pays. Haïti est un pays montagneux, à plus de 80 %, et les prêtres et religieuses sont parfois les seuls à construire des dispensaires et des écoles dans des endroits où les matériaux de construction doivent être acheminés à dos d’homme ou bien sur des chevaux ou des ânes. L’État, extrêmement centralisé à Port-au-Prince, ne s’intéresse pas au sort des paysans isolés. Seule l’Église peut être remarquée dans ces endroits abandonnés. L’histoire ancienne de l’évangélisation d’Haïti est pleine d’exemples de ces missionnaires zélés qui marchaient des jours entiers pour atteindre des lieux jugés inaccessibles. Un exemple : en 1881, les spiritains, responsables de la paroisse de Pétionville, ont visité un lieu appelé Lamarck, dont ils ne connaissaient même pas encore l’existence. Les paysans se mobilisèrent pour avoir une chapelle ; tous les matériaux nécessaires furent acheminés par les paysans, hommes, femmes, enfants, à pied. Distance de Pétionville à Lamarcq : 40 kilomètres, sur des hauteurs atteignant jusqu’à 1 800 mètres.
« Je crois fermement que Dieu est toujours à nos côtés » Chedly, séminariste des Pères de Saint-Jacques, a intégré
le deuxième cycle du séminaire Saint-Yves en septembre.
En janvier dernier, il se trouvait à Léogâne, l’épicentre du
séisme de 2010. Témoignage. Propos recueillis par Edith Castel
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Cette histoire ancienne de l’évangélisation explique la foi profonde de ces Haïtiens. « Foi du charbonnier » ? C’est vrai. Religiosité populaire ? C’est vrai. Mais foi réelle, qui permettra sans doute à beaucoup d’Haïtiens de traverser le désert post-séisme afin de reconstruire, de se reconstruire aussi, car les traumatismes sont profonds et dureront longtemps encore. Beaucoup de journalistes étrangers ont été surpris par la réaction des sinistrés qui ont pris la rue ensemble et spontanément, dans les heures suivant le séisme, pour remercier Dieu d’être vivants. L’Europe est tellement a-chrétienne maintenant qu’elle peut difficilement comprendre et apprécier une manifestation religieuse spontanée. Sans porter un jugement de valeur, notons simplement que ce sont deux formes de culture différentes, héritées de deux histoires, de deux évolutions différentes.

Ce n’est pas seulement en tant qu’institution
religieuse que l’Église est présente
auprès des plus abandonnés. C’est aussi
pour y assumer un rôle de substitution
devant l’absence de l’État. L’encyclique
« Populorum Progressio » de Paul VI - largement
rédigée par un breton, le Père Lebret
a eu un grand retentissement dans
le tiers-monde. En Haïti, de nombreux
groupes d’Église se sont formés pour mettre
en pratique son enseignement. J’en
donnerai trois exemples : la Congrégation
haïtienne des Frères et Sœurs de l’Incarnation,
fondée par le Frère Armand, vouée
au développement rural, l’ œuvre du Développement
Communautaire Chrétien,
créée par un Breton, le Père Robert
Rio, et les Petits Frères et Sœurs de
Sainte Thérèse. Dans cette même
ligne, la branche haïtienne de Caritas
s’efforce de lutter contre les
racines de la misère. Car ce qui
unit toutes ces œuvres séparées
géographiquement, c’est qu’elles
ne cherchent pas à soulager la
misère par la charité – toujours
nécessaire en cas de catastrophes
– mais qu’elles cherchent
à mobiliser et à conscientiser les
victimes, afin qu’elles deviennent
sujets, et non plus objets de leur
histoire, pour reprendre l’expression de
Paolo Freire.
Le peuple haïtien est courageux et regorge de ressources morales. Nul doute que la foi des chrétiens sortira renforcée de cette année d’épreuves : séisme le 12 janvier, épidémie de choléra importée par les soldats asiatiques de l’ONU, cyclone Thomas les 4 et 5 novembre, élections frauduleuses le 28 novembre. Il n’y a pas eu d’année pire dans l’histoire d’Haïti. Apparemment, il en faut plus pour que les Haïtiens baissent les bras.
TEXTE ET PHOTO :
Jean-Yves Urfié, spiritain originaire de Rennes,
vicaire de la Paroisse Saint-Paul,
à Furcy (Haïti)
| Des associations qui n’oublient pas De nombreux missionnaires œuvrent à Haïti en lien avec des associations bretonnes
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