
La liturgie, parce qu’elle est une action où la dimension corporelle a une place éminente, est un lieu majeur où le christianisme propose une sagesse chrétienne du corps qui tend à réunifier raison et corps, sagesse qui a ses racines dans la tradition biblique. Dans la Bible, en effet, le corps participe à la dignité de l’« image de Dieu » ; façonné de glaise le corps est porteur du souffle divin qui lui permet de se tenir debout en présence de Dieu : « Tu m’as façonné un corps, alors j’ai dit voici, je viens… » . Le corps est non seulement une réalité biologique, mais, inséparablement, lieu de relation, médiation. L’aspect corporel de la liturgie prend donc place dans un univers relationnel qui conjugue relation aux autres et relation à Dieu. Le corps y a une place essentielle, non pas tant comme moyen d’expression, que comme le lieu même où Dieu vient rejoindre l’homme pour le sauver. Dès lors, quel est le statut des attitudes corporelles et des gestes dans la liturgie ?
Gestes humains, ils s’enracinent dans la culture humaine mais aussi engagent la personne dans sa réalité totale et sa cohérence profonde. Le geste liturgique n’est ni théâtral ni purement extérieur.
Gestes symboliques qui prennent sens
dans l’univers de la foi chrétienne, ils
mettent en œuvre une réalité qui dépasse
infiniment leur simple valeur immédiate
: ainsi, le geste de paix n’est pas
seulement un geste d’amitié offert aux
voisins les plus proches, il exprime, au
moment même de la communion sacramentelle,
la communion de tous les baptisés
dans l’unique Corps du Christ.
Gestes gratuits, ils ne visent pas d’abord une efficacité immédiate : la procession des dons, par exemple, augmente inutilement le temps requis pour préparer l’autel, mais elle met en valeur le geste du Christ qui « prit du pain » et « prit la coupe » ainsi que la participation des fidèles à l’offrande et aux fruits du sacrifice eucharistique.
Gestes efficaces, les gestes liturgiques ne sont pas purement figuratifs ni seulement expressifs, ils informent (informare, en latin, veut dire « donner une forme ») ceux qui les posent. Lors de la célèbre rencontre que fit Charles de Foucauld avec l’abbé Huvelin au confessionnal de l’église Saint-Augustin, ce dernier demande à l’agnostique de se mettre à genoux : on sait comment ce simple geste a permis au futur bienheureux de briser en lui l’orgueil qui résistait encore et de faire la vérité de sa démarche.
Langage symbolique en liturgie avec des personnes handicapées mentalesVoici un exemple de langage symbolique créé par Soeur Colette Melot, aumônier
de l’IME-MAS de Saint-Georges-de-Reintembault. L’objectif est de faire comprendre
que le péché sépare de Dieu, que le pardon rétablit le lien et rapproche
de Dieu. |
Gestes efficaces, les gestes liturgiques construisent le corps de la communauté qui célèbre et qui prie. Aussi, doivent-ils être « un signe de l’unité des membres de la communauté chrétienne rassemblée dans la sainte liturgie. »
Parce que la réforme liturgique a considérablement réduit les rubriques qui réglaient autrefois les attitudes du célébrant et des fidèles dans leurs moindres détails, beaucoup pensent que le Concile Vatican II a prôné un retour à des gestes naturels, à une libre expression de la prière. Or, il n’en est rien. Ce que demande la Constitution sur la Liturgie, c’est « une noble simplicité » , des gestes en cohérence avec la réalité de foi qu’ils expriment – ce qui implique une véritable catéchèse des gestes liturgiques. Pensons par exemple, à tout ce que signifie pour un chrétien, le signe de croix, véritable résumé de la foi chrétienne.

Dans la liturgie, prendre au sérieux gestes et attitudes, c’est permettre aux participants d’être vraiment humains, c’est à- dire des êtres qui ne subissent pas ce qu’ils font, mais qui s’engagent dans un acte : la participation active se vérifie dans la qualité des gestes et des attitudes. La tragédie de l’homme est qu’il est « capable de faire le singe », c’est-à-dire d’introduire un décalage entre ce qu’il dit et ce qu’il fait. Dans le mémorial eucharistique, le Christ nous apprend l’inestimable valeur du geste dans lequel l’homme s’engage tout entier. « Il prit du pain » : toute la vie de Jésus est tendue vers ce geste, le plus haut geste jamais posé par l’humanité. En prenant le pain, Jésus saisit sa vie entière : c’est son dernier geste libre d’offrande au Père, pour notre salut, avant que ses mains ne soient liées et clouées sur la croix... C’est le geste immense qui se réalise à chaque eucharistie.
Sr Bénédicte Marie de la Croix, p.s.d.p.
Service diocésain de Pastorale Liturgique et Sacramentelle
Servant d’autel : acquérir le savoir-faire…
P. Gaël de Bouteiller
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