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Article paru dans Eglise en Ille et Vilaine n° 198 du 14 juin 2011

Gestes et attitudes dans la liturgie

Pourquoi des gestes et des actions corporelles s’il s’agit de rencontrer Dieu qui est au-delà de tout ? Dans la liturgie, la Sagesse de Dieu s’adapte à l’homme ; les réalités les plus spirituelles passent par le corps : c’est là, en effet, que Dieu vient nous rejoindre et nous sauver. Dans ce dossier, deux éclairages différents viennent dire cette même réalité : l’expérience vécue avec des personnes handicapées mentales à l’IME -MAS Gaifleury de Saint-Georges-de- Reintembault, le savoir-faire des servants d’autel au service de la prière liturgique.

« Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a faits » Ps 94,6

La liturgie, parce qu’elle est une action où la dimension corporelle a une place éminente, est un lieu majeur où le christianisme propose une sagesse chrétienne du corps qui tend à réunifier raison et corps, sagesse qui a ses racines dans la tradition biblique. Dans la Bible, en effet, le corps participe à la dignité de l’« image de Dieu » ; façonné de glaise le corps est porteur du souffle divin qui lui permet de se tenir debout en présence de Dieu : « Tu m’as façonné un corps, alors j’ai dit voici, je viens… » . Le corps est non seulement une réalité biologique, mais, inséparablement, lieu de relation, médiation. L’aspect corporel de la liturgie prend donc place dans un univers relationnel qui conjugue relation aux autres et relation à Dieu. Le corps y a une place essentielle, non pas tant comme moyen d’expression, que comme le lieu même où Dieu vient rejoindre l’homme pour le sauver. Dès lors, quel est le statut des attitudes corporelles et des gestes dans la liturgie ?

Gestes humains, ils s’enracinent dans la culture humaine mais aussi engagent la personne dans sa réalité totale et sa cohérence profonde. Le geste liturgique n’est ni théâtral ni purement extérieur.

Gestes symboliques qui prennent sens dans l’univers de la foi chrétienne, ils mettent en œuvre une réalité qui dépasse infiniment leur simple valeur immédiate  : ainsi, le geste de paix n’est pas seulement un geste d’amitié offert aux voisins les plus proches, il exprime, au moment même de la communion sacramentelle, la communion de tous les baptisés dans l’unique Corps du Christ.

Gestes gratuits, ils ne visent pas d’abord une efficacité immédiate : la procession des dons, par exemple, augmente inutilement le temps requis pour préparer l’autel, mais elle met en valeur le geste du Christ qui « prit du pain » et « prit la coupe » ainsi que la participation des fidèles à l’offrande et aux fruits du sacrifice eucharistique.

Gestes efficaces, les gestes liturgiques ne sont pas purement figuratifs ni seulement expressifs, ils informent (informare, en latin, veut dire « donner une forme ») ceux qui les posent. Lors de la célèbre rencontre que fit Charles de Foucauld avec l’abbé Huvelin au confessionnal de l’église Saint-Augustin, ce dernier demande à l’agnostique de se mettre à genoux  : on sait comment ce simple geste a permis au futur bienheureux de briser en lui l’orgueil qui résistait encore et de faire la vérité de sa démarche.

Langage symbolique en liturgie avec des personnes handicapées mentales

Voici un exemple de langage symbolique créé par Soeur Colette Melot, aumônier de l’IME-MAS de Saint-Georges-de-Reintembault. L’objectif est de faire comprendre que le péché sépare de Dieu, que le pardon rétablit le lien et rapproche de Dieu.


Soeur Colette a préparé un ruban multicolore d’une longueur d’environ trois mètres. Sans rien dire, elle a placé l’une des extrémités dans la main de Jean- Marc, adulte handicapé mental, muet et aveugle, et l’autre extrémité dans la main du prêtre revêtu de son aube. Les membres du groupe observent avec curiosité. Le prêtre et Jean-Marc jouent avec ce ruban. « Vous voyez, dit le prêtre, nous sommes reliés… Le courant passe bien entre nous… ». Pendant ce temps, Soeur Colette prend ses grands ciseaux et menace de couper le ruban.

À notre étonnement Michel se précipite pour arrêter le geste. Au moment où les ciseaux coupent le ruban, Jean-Marc ne sent plus le contact, son visage exprime une surprise, comme une angoisse. « Jean- Marc, dit le prêtre, qu’est-ce qui arrive ? On n’est plus relié. Qu’est-ce qu’on va faire pour renouer le contact ? ». Il s’adresse à Michel : «  Michel, puisque tu es tout près, est-ce que tu peux réparer ? Cherche comment ? Et si tu faisais un noeud ? ». Michel prend son temps pour faire un noeud.

«  Jean-Marc, dit le prêtre, tu sens que nous sommes à nouveau en contact. Michel a rétabli le lien entre nous ». Le sourire revient sur son visage. Mais un nouveau coup de ciseaux crée une nouvelle rupture. Nouvel étonnement. Nouveau dialogue. Ceci se reproduit plusieurs fois. À la fin de cette séance ludique, Soeur Colette fait observer : « Chaque fois qu’il y a eu une rupture, on a fait des noeuds, on a renoué la relation. Jean-Marc et le prêtre se sont rapprochés ». Le prêtre commente : « Dieu ne se fatigue pas de renouer les liens et de nous rapprocher de Lui ». La séance se termine avec un chant de prière pénitentielle.

Gestes efficaces, les gestes liturgiques construisent le corps de la communauté qui célèbre et qui prie. Aussi, doivent-ils être « un signe de l’unité des membres de la communauté chrétienne rassemblée dans la sainte liturgie. »

Parce que la réforme liturgique a considérablement réduit les rubriques qui réglaient autrefois les attitudes du célébrant et des fidèles dans leurs moindres détails, beaucoup pensent que le Concile Vatican II a prôné un retour à des gestes naturels, à une libre expression de la prière. Or, il n’en est rien. Ce que demande la Constitution sur la Liturgie, c’est « une noble simplicité » , des gestes en cohérence avec la réalité de foi qu’ils expriment – ce qui implique une véritable catéchèse des gestes liturgiques. Pensons par exemple, à tout ce que signifie pour un chrétien, le signe de croix, véritable résumé de la foi chrétienne.

Dans la liturgie, prendre au sérieux gestes et attitudes, c’est permettre aux participants d’être vraiment humains, c’est à- dire des êtres qui ne subissent pas ce qu’ils font, mais qui s’engagent dans un acte : la participation active se vérifie dans la qualité des gestes et des attitudes. La tragédie de l’homme est qu’il est « capable de faire le singe », c’est-à-dire d’introduire un décalage entre ce qu’il dit et ce qu’il fait. Dans le mémorial eucharistique, le Christ nous apprend l’inestimable valeur du geste dans lequel l’homme s’engage tout entier. « Il prit du pain » : toute la vie de Jésus est tendue vers ce geste, le plus haut geste jamais posé par l’humanité. En prenant le pain, Jésus saisit sa vie entière : c’est son dernier geste libre d’offrande au Père, pour notre salut, avant que ses mains ne soient liées et clouées sur la croix... C’est le geste immense qui se réalise à chaque eucharistie.

Sr Bénédicte Marie de la Croix, p.s.d.p.
Service diocésain de Pastorale Liturgique et Sacramentelle

Servant d’autel : acquérir le savoir-faire…

Le rite du « lavabo »À l’occasion d’une rencontre des référents diocésains des servants d’autel au mois de mai, le père Jaques Rideaux (1) , rappelait quelques points fondamentaux de la formation liturgique des servants d’autel. Comme toute formation, rappelait-il, on pourrait la décliner suivant trois axes : le savoir-faire, les savoirs comme connaissances, le savoir-être.

Reprenons ici quelques points sur le savoir-faire. Car en liturgie, la formation des acteurs commence d’abord par le savoir-faire, autrement dit par l’apprentissage de gestes techniques simples puis complexes ; citons à titre d’exemple  : bien tenir la croix de procession, bien présenter le missel devant le président (et à la bonne page !), savoir manier l’encensoir. Ce sont également les postures corporelles, fixes ou en mouvement comme savoir marcher dans le chœur, savoir positionner ses mains tout en étant attentif à ce qui se vit !

Tout ceci implique d’apprendre à savoir « bien se tenir », à acquérir une bonne maîtrise de soi (lien au « savoir-être »). Le savoir- faire, c’est enfin apprendre à enchaîner et synchroniser les mouvements de la célébration, anticiper une action comme par exemple ouvrir la procession de communion, bien se placer dans l’espace liturgique, particulièrement devant l’autel ou l’ambon.
Les jeunes pourront acquérir ce savoir-faire par des exercices, avant la messe ou à l’occasion de réunions – rappelons que le service diocésain des servants d’autel se tient à disposition pour des formations locales - par des reprises des célébrations mais aussi, ne le négligeons pas, par l’imitation (les plus petits regardant faire les plus grands).

(1) - Directeur du SNPLS (service national de pastorale liturgique et sacramentelle.)

P. Gaël de Bouteiller
Référent diocésain pour les servants d’autel
(servants35@gmail.com)

Haut de page - Imprimer - Mis à jour : Juin 2011