
Mais comment fendre le cœur ?
Pour elle, point d’autre secret que celui de l’amour : « Aimer, c’est apprendre à écouter la différence de l’autre. L’amour est une écoute qui retentit en soi. » Bien sûr, Soeur Emmanuelle croit en Dieu. Elle sait que « l’amour est notre participation à la nature divine. »
Quelle puissance que l’amour ! Créateur, il a mis en route le monde qui ne cesse de bien tourner qu’en raison de l’amour. Sœur Emmanuelle le répète à chacun : « Quand ton cœur irradie l’amour, tu mets librement en ce monde quelque chose d’éternel. »
L’amour ne passera jamais. Sœur Emmanuelle est morte. Son amour est éternel comme celui de chacun d’entre nous et de toutes celles et tous ceux qui, en vérité, aiment loin des caméras et des micros.
Habitée du Christ, elle sait qu’« en apprenant aux hommes à s’aimer, [elle] les met au cœur du christianisme ». Pour la Sœur des pauvres, pas une minute à perdre. Ils crient. C’est pourquoi, nous dit-elle : « Si tu veux prendre ta véritable dimension, acquérir ta stature d’homme, avance au large, ouvre ta voile au vent vers les îlots de détresse, écoute l’appel de tes frères et soeurs humains ».
C’est qu’aux yeux de la chiffonnière du Caire, « la valeur de l’être humain ne dépend ni de sa religion, ni de sa culture, ni de sa couleur de peau mais de son cœur, de son sens de la fraternité. Il m’a fallu des années pour comprendre que l’important, finalement, c’est l’homme ».
Quand ton coeur irradie l’amour, tu mets librement en ce monde quelque chose d’éternel
Sœur Emmanuelle nous lègue aussi son sens de la justice : « ce qui m’intéresse, moi, c’est la justice. La justice exige qu’on partage. » Son tempérament bouillant a coloré sa révolte. « Je suis un étrange canard : j’ai gardé, à 92 ans, une réelle faculté d’ébullition devant ce qui me paraît injuste. C’est même un geyser de révolte. Je n’arrive pas à me calmer ! »
Elle ne mâche pas ses mots même si pour elle, ce ne sont pas les mots qui comptent mais l’action : « Le partage ne se contente pas d’aumônes, mais appelle une juste répartition des richesses sur la planète. Tout le monde est d’accord sur le principe, mais qui est prêt à changer ses habitudes de consommation ? »
Elle sait, de façon certaine même si c’est par la foi, que Dieu ne supporte pas l’injustice. « N’accusons pas Dieu pour la liberté dont nous faisons un mauvais usage. » Elle sait que le Christ œuvre en ce monde : « Je crois profondément que celui qui vit avec Dieu n’est jamais désespéré. Pour moi, il est inconcevable qu’un être humain ayant misé sur le Christ sombre dans le désespoir. »
Sœur Emmanuelle a souffert comme souffrent tous ceux qui voient la misère et qui luttent contre elle en se mettant aux côtés des pauvres, en vivant avec eux. « La douleur est une purification qui se termine par une évasion : quitter cette vallée de larmes pour entrer dans une éternité d’amour. » Sœur Emmanuelle y est entrée.
Elle nous laisse avec cette formidable espérance : « Il n’y a pas d’hommes perdus, des destins scellés. La rédemption est toujours possible. »