« A voté ! »
Alors, devoir accompli ?
Nous le savons bien : la gestion du Bien commun, ce qu’on appelle « le politique », pour donner à ce mot toute la noblesse qu’il convient, ne se résume pas à mettre son bulletin dans l’urne !
Même si ce geste est absolument nécessaire, il n’est pas suffisant. L’organisation de la société humaine et la mise en oeuvre de ce qui constitue notre « vivre-ensemble » est l’affaire de chacune et de chacun, selon ses capacités, sa situation personnelle, son âge aussi. Aucun citoyen n’est a priori dispensé d’y prendre sa part, sauf empêchement indépendant de sa bonne volonté.
Tout chrétien est, à part entière, membre de la cité des hommes et il entre dans sa vocation baptismale de se mettre au service de ses frères et sœurs en humanité, y compris dans l’aventure collective qu’on appelle la citoyenneté.
Pour honorer cette dimension de notre responsabilité d’enfant de Dieu, il est nécessaire de s’informer, d’échanger, de discerner et d’agir. Depuis la fin du XIXe siècle, la pensée sociale de l’Église s’est sans cesse affinée à la croisée des Évangiles et des événements de l’Histoire. Une Histoire faite de progrès et de désastres, et devenue progressivement planétaire. Au point que l’électeur ordinaire ne sait plus, parfois, à quel théoricien se vouer, à quel leader confier les rênes… Comme si la question se résumait en une série d’intronisations successives et, parfois, alternatives !
La démocratie, ce « moindre
mal » dont parlait Winston Churchill, est
un bien désormais trop précieux pour le
déléguer à des monarques solitaires, fussent-
ils républicains.
Mais, derrière nos votes et nos engagements durables qu’ils impliquent, derrière la question posée à l’automne par nos évêques : « Un vote, pour quelle société ? », il y en a, me semble-t-il, une autre qui devrait interroger tout croyant : quelle est finalement notre tâche d’êtres humains ?
Me vient alors en mémoire cette parole de François Varillon : « Dieu divinise ce que l’homme humanise ». Et je me demande si, parfois, nous sommes assez au clair sur cette… division du travail.
Souvenons-nous de Pascal : « Qui veut faire l’ange, fais la bête »… Alors ne doit-on pas laisser Dieu faire ce que l’homme ne pourra jamais faire, et nous efforcer de faire ce qui nous revient : humaniser notre vivre ensemble !
Dieu seul accomplira les créatures que nous sommes, mais à nous de rendre notre humanité toujours plus humaine : le chantier est immense !
Paul Bosse-Platière,
Diacre

Le souci du Bien commun (destination universelle des biens) constitue, pour moi, un devoir pour le chrétien. C’est mettre en pratique la dimension « charité » du baptême, c’est exercer la fraternité qui sous-tend : engagement, information, dialogue et action. C’est ce que nous voulions faire en proposant 2 jours d’échanges sur ces questions.
Des témoins et la pensée sociale de l’Église ont ainsi éclairé l’engagement citoyen parce que « l’action politique a un fantastique enjeu : tendre vers une société dans laquelle chaque être humain reconnaîtrait, en n’importe quel autre être humain, son frère et le traiterait comme tel ».
« La politique existe par et pour le bien commun, lequel est plus que la somme des intérêts particuliers, individuels ou collectifs, souvent contradictoires entre eux. »* Le bien commun vise « l’ensemble des conditions de vie sociale qui permettent aux hommes, aux familles et aux groupements de s’accomplir plus complètement et plus facilement. »*

« Aussi doit-il être l’objet d’une recherche inlassable de ce qui sert au plus grand nombre, de ce qui permet d’améliorer la condition des plus démunis et des plus faibles. Il doit prendre en compte, non seulement l’intérêt des générations actuelles, mais également, dans la perspective d’un développement durable, celui des générations futures. »*
Plus de 150 personnes ont ainsi pris le temps d’échanger sur la manière de s’engager, de voter, voire de changer leur regard... Le Bien commun reste toujours à réajuster en fonction de la capacité de chacun et de chacune à construire un vivre ensemble pour tous. Cela passe par un partage qui va jusqu’à changer de mode de vie. « Moins de biens, plus de liens » : un défi solidaire pour aujourd’hui et demain, une prophétie de bonheur ? Quelle politique suggère cela ?
* (Documents Episcopat : « Réhabiliter la politique »).
Christiane Lecoq-Piel,
Déléguée diocésaine à la Mission rurale.
J’ai été très heureux de voir 130 personnes le 19 novembre, puis 110 personnes le 4 mars s’intéresser au Bien Commun sous l’angle du politique. A première vue, ce n’est pas spécialement attirant ! Et pourtant, j’ai vu des chrétiens de base, des laïcs en paroisse, des responsables de Mouvements et services…, écouter des témoignages, des interventions d’un niveau assez élevé, participer à des échanges par tablées et revenir trois mois plus tard pour travailler le texte des évêques de France : « Élections : un vote pour quelle société ? »
Je vois également le travail invisible fait en amont pour élaborer ces deux rencontres par des membres de différents Mouvements avec le Service diocésain de formation des laïcs, avec deux prêtres et deux diacres, sous la conduite de Christiane Lecoq-Piel.
Des chrétiens s’impliquent pour comprendre le monde dans lequel nous sommes et être en mesure d’y mettre la « marque » de l’Évangile, en particulier devant les projets politiques présentés à nos votes. Oui, vraiment, comme l’a dit Vatican II : « Rien de ce qui est humain ne leur est étranger. » Notre Église diocésaine est bien présente à ce monde que Dieu aime, et j’en rends grâce à Dieu.
Père Jean-Yves Leborgne,
vicaire épiscopal pour le monde rural.
Ces articles sont souvent extraits du bimensuel Eglise en Ille-et-vilaine... DEMANDEZ-NOUS UN N° GRATUIT !