Actualité

Accueil > Actualité > Actualité diocésaine

Dossier publié dans Eglise en Ille et Vilaine n° 218 du 10 avril 2012

Derrière le vote, quelle société ?

Dossier préparé par Paul Bosse-Platière, diacre

Deux rencontres à la Maison diocésaine, la première en novembre, sur : « Bien commun, politique et avenir de l’homme », la seconde en mars, sur : « Un vote pour quelle société  ? ». Le Groupe inter-mouvements et le Service de formation des laïcs ont voulu ainsi, relancer l’attention des chrétiens du diocèse sur les enjeux de leur relation à notre société démocratique. On le sait, les toutes prochaines élections n’apporteront pas d’un coup « la » solution à tous les problèmes actuels. Mais elles nous alertent : l’avenir de notre pays, mais aussi de l’Europe et – surtout ! – de notre planète Terre est en jeu. Dans ce dossier, Église en Illeet- Vilaine se fait l’écho de ces échanges en donnant la parole à quatre des animateurs de ces rendez-vous.


Au sommaire ...

Voir aussi :

« Devoir accompli ? »

« A voté ! »

Alors, devoir accompli ?

Nous le savons bien : la gestion du Bien commun, ce qu’on appelle « le politique », pour donner à ce mot toute la noblesse qu’il convient, ne se résume pas à mettre son bulletin dans l’urne !

Même si ce geste est absolument nécessaire, il n’est pas suffisant. L’organisation de la société humaine et la mise en oeuvre de ce qui constitue notre « vivre-ensemble » est l’affaire de chacune et de chacun, selon ses capacités, sa situation personnelle, son âge aussi. Aucun citoyen n’est a priori dispensé d’y prendre sa part, sauf empêchement indépendant de sa bonne volonté.

Tout chrétien est, à part entière, membre de la cité des hommes et il entre dans sa vocation baptismale de se mettre au service de ses frères et sœurs en humanité, y compris dans l’aventure collective qu’on appelle la citoyenneté.

Pour honorer cette dimension de notre responsabilité d’enfant de Dieu, il est nécessaire de s’informer, d’échanger, de discerner et d’agir. Depuis la fin du XIXe siècle, la pensée sociale de l’Église s’est sans cesse affinée à la croisée des Évangiles et des événements de l’Histoire. Une Histoire faite de progrès et de désastres, et devenue progressivement planétaire. Au point que l’électeur ordinaire ne sait plus, parfois, à quel théoricien se vouer, à quel leader confier les rênes… Comme si la question se résumait en une série d’intronisations successives et, parfois, alternatives !

La démocratie, ce « moindre mal » dont parlait Winston Churchill, est un bien désormais trop précieux pour le déléguer à des monarques solitaires, fussent- ils républicains.

Mais, derrière nos votes et nos engagements durables qu’ils impliquent, derrière la question posée à l’automne par nos évêques : « Un vote, pour quelle société  ? », il y en a, me semble-t-il, une autre qui devrait interroger tout croyant : quelle est finalement notre tâche d’êtres humains ?

Me vient alors en mémoire cette parole de François Varillon : « Dieu divinise ce que l’homme humanise ». Et je me demande si, parfois, nous sommes assez au clair sur cette… division du travail.

Souvenons-nous de Pascal : « Qui veut faire l’ange, fais la bête »… Alors ne doit-on pas laisser Dieu faire ce que l’homme ne pourra jamais faire, et nous efforcer de faire ce qui nous revient : humaniser notre vivre ensemble !

Dieu seul accomplira les créatures que nous sommes, mais à nous de rendre notre humanité toujours plus humaine : le chantier est immense !

Paul Bosse-Platière,
Diacre

Responsable du Service de formation des laïcs, le frère Norbert-Marie Sonnier, dominicain, répond à Église en Ille-et-Vilaine

.
Deux rendez-vous « diocésains » bien typés : pourquoi ?

Ils font suite aux conférences organisées, l’an dernier, autour de la doctrine sociale de l’Église quand Benoît XVI a publié son encyclique Caritas in veritate. Mais ils ont leur originalité, d’une part, dans l’équipe organisatrice, et, d’autre part, dans le projet que nous voulons mettre en oeuvre. La Mission rurale, le Groupe inter-mouvements et le Service diocésain de formation ont réfléchi ensemble sur la manière dont on pourrait répondre à la demande de certains élus ou personnes engagées en politique pour trouver un lieu de réflexion. D’où ces deux journées de formation où l’on alterne les apports théoriques, les expériences, les échanges, les discussions.

JPG - 24 ko
Dominique Coatanea et le frère Norbert-Marie Sonnier.

En nous invitant à passer par le « point de vue de l’autre », Dominique Coatanea, enseignante à l’Université catholique d’Angers (UCO), a assez bien résumé l’enjeu de cet apprentissage commun au discernement politique.

En vue des élections, les évêques avaient proposé des critères de « discernement ».
Qu’est-ce qui peut, d’abord, guider le choix devant les urnes ?


Rappelons quelques principes qui peuvent nous guider. D’abord, quelle place pour l’homme, dans les programmes et les discours des politiques ? Quel est le projet d’humanisation des institutions ? Ensuite, en référence au philosophe Paul Ricoeur, s’intéresser à la visée et aux moyens à mettre en œuvre pour l’atteindre, en affirmant que la politique est la visée de la vie bonne avec et pour autrui dans des institutions justes. Se rappeler aussi l’articulation entre les trois niveaux – universel, particulier, singulier – qui forment la matrice de la réflexion éthique. Enfin, l’actualité : c’est l’ aujourd’hui de notre situation que nous avons à prendre en compte, avec cette question des évêques : sommes-nous capables d’envisager de changer nos modes de vie ?

Demain, quel que soit le résultat des votes, où sera l’enjeu essentiel de notre engagement dans « le politique » ?

Avant tout dans l’engagement au coeur des structures de la société ! Si l’on veut faire entendre quelque chose de l’Évangile, de la doctrine sociale de l’Église, la place des chrétiens est dans la participation au débat public. Dominique Coatanéa disait que notre conviction chrétienne est de savoir l’Esprit à l’ œuvre dans le monde, dans le cœur de l’homme et qu’il nous revenait de savoir discerner les fruits de sa présence et de voir où sont les signes de vie, d’amour, de justice, de solidarité et de paix, afin de participer au dévoilement du Règne de Dieu présent parmi les hommes.
En même temps qu’il y a engagement, il y a tout un travail de formation, car le discernement est un exercice rationnel. Réfléchir ensemble, échanger des convictions, s’entraider, dialoguer… ce sont des habitudes à prendre ensemble, afin de les mettre ensuite au service de la démocratie et du bien commun.

frère Norbert-Marie Sonnier,
dominicain


Collaborer à une terre vivable pour tous

Le souci du Bien commun (destination universelle des biens) constitue, pour moi, un devoir pour le chrétien. C’est mettre en pratique la dimension « charité » du baptême, c’est exercer la fraternité qui sous-tend : engagement, information, dialogue et action. C’est ce que nous voulions faire en proposant 2 jours d’échanges sur ces questions.

Des témoins et la pensée sociale de l’Église ont ainsi éclairé l’engagement citoyen parce que «  l’action politique a un fantastique enjeu : tendre vers une société dans laquelle chaque être humain reconnaîtrait, en n’importe quel autre être humain, son frère et le traiterait comme tel ».

« La politique existe par et pour le bien commun, lequel est plus que la somme des intérêts particuliers, individuels ou collectifs, souvent contradictoires entre eux. »* Le bien commun vise « l’ensemble des conditions de vie sociale qui permettent aux hommes, aux familles et aux groupements de s’accomplir plus complètement et plus facilement. »*

JPG - 44.1 ko
Différents intervenants de la journée du 4 mars : Loïc Blin, Christiane Lecoq-Piel, Frère Norbert-Marie Sonnier.

«  Aussi doit-il être l’objet d’une recherche inlassable de ce qui sert au plus grand nombre, de ce qui permet d’améliorer la condition des plus démunis et des plus faibles. Il doit prendre en compte, non seulement l’intérêt des générations actuelles, mais également, dans la perspective d’un développement durable, celui des générations futures. »*

Plus de 150 personnes ont ainsi pris le temps d’échanger sur la manière de s’engager, de voter, voire de changer leur regard... Le Bien commun reste toujours à réajuster en fonction de la capacité de chacun et de chacune à construire un vivre ensemble pour tous. Cela passe par un partage qui va jusqu’à changer de mode de vie. « Moins de biens, plus de liens » : un défi solidaire pour aujourd’hui et demain, une prophétie de bonheur ? Quelle politique suggère cela ?

* (Documents Episcopat : « Réhabiliter la politique »).

Christiane Lecoq-Piel,
Déléguée diocésaine à la Mission rurale.

Je me suis senti soutenu…

« J’ai été très heureux d’intervenir sur le thème du « Bien commun en politique » le 19 novembre dernier et de participer à la rencontre du 4 mars.
J’ai toujours considéré le mandat de maire que m’avaient confié les électeurs comme une tâche, un devoir, un engagement au bénéfice de la recherche du bonheur de mes concitoyens, et non comme un honneur.
J’ai toujours agi à la lumière de mon ancrage catholique, recherchant en permanence l’équilibre dans les solutions à apporter, le compromis à trouver pour tendre vers le Bien commun.
J’ai compris que les échanges, les interventions et les demandes exprimées par les débatteurs au cours de ces deux rencontres à la Maison diocésaine ont clairement renforcé en moi l’idée que mon action, mes prises de position, éclairées par les Évangiles, devaient être plus visibles et audibles. J’ai senti qu’on me le demandait en ma qualité d’élu municipal et que j’étais soutenu. Et grâce à cette nouvelle assurance, j’ai pu intervenir lors d’un dernier Conseil municipal pour influencer véritablement une décision.
Je sors de ces rencontres renforcé, encore mieux armé pour travailler inlassablement au Bien commun ! »

Loïc Blin
Ancien maire, conseiller municipal.


Des chrétiens soucieux du bien commun !

J’ai été très heureux de voir 130 personnes le 19 novembre, puis 110 personnes le 4 mars s’intéresser au Bien Commun sous l’angle du politique. A première vue, ce n’est pas spécialement attirant ! Et pourtant, j’ai vu des chrétiens de base, des laïcs en paroisse, des responsables de Mouvements et services…, écouter des témoignages, des interventions d’un niveau assez élevé, participer à des échanges par tablées et revenir trois mois plus tard pour travailler le texte des évêques de France : « Élections : un vote pour quelle société ? »

Je vois également le travail invisible fait en amont pour élaborer ces deux rencontres par des membres de différents Mouvements avec le Service diocésain de formation des laïcs, avec deux prêtres et deux diacres, sous la conduite de Christiane Lecoq-Piel.

Des chrétiens s’impliquent pour comprendre le monde dans lequel nous sommes et être en mesure d’y mettre la « marque » de l’Évangile, en particulier devant les projets politiques présentés à nos votes. Oui, vraiment, comme l’a dit Vatican II : « Rien de ce qui est humain ne leur est étranger. » Notre Église diocésaine est bien présente à ce monde que Dieu aime, et j’en rends grâce à Dieu.

Père Jean-Yves Leborgne,
vicaire épiscopal pour le monde rural.

Haut de page - Imprimer - Mis à jour : Avril 2012

Les articles de l'actualité

Les archives de l’Actualité diocésaine

Les articles plus anciens sont ici...

Le journal Eglise en Ille-et-vilaine

Ces articles sont souvent extraits du bimensuel Eglise en Ille-et-vilaine... DEMANDEZ-NOUS UN N° GRATUIT !