Samedi 25 Mai 2013

L’Eglise et la société

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Eglise en Ille-et-Vilaine n°126, 3 déc ; 2007

D'instinct, Thérèse est allée au coeur de l'évangile

Sr Anne, carmélite
De Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus d’aucuns ne retiennent que les pétales de rose, tandis que d’autres se laissent arrêter par son langage qui n’est autre que celui du monde religieux de la fin du XIXe siècle. Et pourtant, cela n’a pas empêché l’Église de la proclamer Docteur de l’Église, ce qui est une reconnaissance de la fidélité de sa pensée à l’enseignement de l’Église, et qui permet de la proposer comme modèle. Soeur Anne, une moniale du carmel de Montigné (photo), explique la pertinence et l’actualité du message de la « Petite Thérèse ».

SOMMAIRE

Thérèse est simple. Son langage peut toucher une grande variété de personnes, des plus grands intellectuels aux gens les plus simples. Edith Stein disait d’elle : ‘Elle a une vie traversée d’amour de part en part, et c’est ce qu’il y a de plus beau sur terre.’ De son côté, Jean Guitton la considérait comme ‘un des génies spirituels de l’humanité’.

« Elle est jeune, femme et contemplative »

Plusieurs aspects de sa vie correspondent à la sensibilité du monde dans lequel nous vivons. ‘Elle est jeune, femme et contemplative’ disait Jean- Paul II. Jeune, elle le fut puisqu’elle est entrée au carmel de Lisieux à 15 ans et qu’elle est morte à 24 ans. Sa vie est marquée par la souffrance : elle a connu à 12 ans la maladie psychique, ce qui la rend proche de tant de nos contemporains qui en souffrent aujourd’hui.

Thérèse Martin, en habit de carmélite, à Lisieux

Thérèse a connu l’épreuve de la foi, et en ce sens, on peut dire qu’elle a précédé notre époque. Et surtout, elle a connu cette épreuve pour les autres, dans la Communion des Saints, et non pour sa propre sainteté.

Elle écrit à Mère Marie de Gonzague : « Lorsque je veux reposer mon coeur fatigué des ténèbres qui l’entourent par le souvenir du pays lumineux vers lequel j’aspire mon tourment redouble, il me semble que les ténèbres empruntant la voix des pécheurs me disent en se moquant de moi : Tu rêves la lumière… Tu rêves la possession éternelle du Créateur de toutes ces merveilles… avance, avance, réjouis-toi de la mort qui te donnera non ce que tu espères, mais une nuit plus profonde encore, la nuit du néant »(1)

Je pense que celle qui a écrit : « Je veux bien rester à la table des pécheurs toute ma vie, pour l’amour de Jésus » peut aider certains à porter leurs propres difficultés de foi.

« Ma voie est toute de confiance et d’amour »

« Mais Thérèse a aussi et surtout révélé le visage d’un Dieu d’Amour et de Miséricorde. Et ce, à une époque encore très marquée par le jansénisme (2).

Elle écrit : « Ma voie est toute de confiance et d’amour ». Et elle n’hésite pas à dire que même si elle avait commis tous les péchés du monde, elle se jetterait sans crainte dans les bras de Dieu.

D’instinct, Thérèse est allée au coeur de l’évangile  : l’important, c’est la science de l’amour. Thérèse, c’est de l’Évangile pur… C’est en cela qu’elle est universelle.

Et c’est pour cela que le pape Pie XI l’a proclamée Patronne de la Mission Universelle aux côtés de Saint- François Xavier, le 14 décembre 1927, et que, le 19 octobre 1997, le pape Jean-Paul II la proclama Docteur de l’Église : « Dans les écrits de Thérèse de Lisieux, sans doute ne trouvons-nous pas, comme chez d’autres docteurs, une présentation scientifiquement organisée des choses de Dieu, mais nous pouvons y découvrir un témoignage éclairé de la foi qui, en accueillant d’un amour confiant la condescendance miséricordieuse de Dieu et le salut dans le Christ, révèle le mystère et la sainteté de l’Église ».(3)

NOTES

  1. Thérèse de Lisieux. oeuvres Complètes. Le Cerf. 1992. Page 243
  2. Courant de pensée du XVIe siècle émanant d’un théologien néerlandais, Jansen, marqué par une théologie pessimiste et une morale rigoriste. (Théo. Encyclopédie catholique. Page 413).
  3. Lettre apostolique Divini amoris scientia, du 19 octobre 1997.

Ma vocation, c’est l’Amour !

"La Charité me donna la clef de ma vocation. Je compris que si l’Église avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l’Église avait un Cœur, et que ce Cœur était brûlant d’Amour.

Je compris que l’Amour seul faisait agir les membres de l’Église, que si l’Amour venait à s’éteindre, les Apôtres n’annonceraient plus l’Évangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang…

Je compris que l’Amour renfermait toutes les Vocations, que l’Amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux… en un mot qu’il est Éternel !...

Alors dans l’excès de ma joie délirante je me suis écriée : O Jésus mon Amour… ma vocation enfin je l’ai trouvée, ma vocation, c’est l’Amour !…

Oui j’ai trouvé ma place, dans l’Église et cette place, ô mon Dieu, c’est vous qui me l’avez donnée… dans le Coeur de l’Église, ma Mère, je serai l’Amour… ainsi je serai tout… ainsi mon rêve sera réalisé !!!..."

Extrait des oeuvres complètes,
Thérèse de Lisieux,
Éditions du Cerf 1992

Haut de page - Imprimer - Mis à jour : Avril 2008