Plus de 150 personnes ont écouté avec intérêt les divers intervenants : le frère Marie-Norbert Sonnier, op ; Mme Marie-Thérèse Taupin, enseignante en économie politique et chercheur en économie solidaire à l’Université de Rennes 2 ; M. Gilles Vernay, banquier ; et Jean-Marie et Vianette Roux qui ont donné leur témoignage de lecture en couple.
|
Le développement vient d’un appel transcendant
à l’homme et donne le sens de son histoire. La réponse consiste dans le développement intégral de l’homme et présuppose que l’humanisme soit transcendant
et qu’il donnera à l’homme sa plus grande plénitude, sur le plan personnel,
bien sûr, mais aussi au plan des relations
interpersonnelles dans le registre de la fraternité.

L’analyse du développement actuel montre les progrès et les attentes en regard du développement. La crise financière et économique est l’occasion de discernement et met en capacité d’élaborer de nouveaux projets. Les avancées technologiques et économiques ne sont pas suffisantes, même si elles sont nécessaires ; il faut avant tout que le développement soit vrai et intégral. D’où la tâche politique : « Je voudrais rappeler… que l’homme, la personne,dans son intégrité, est le premier capital à sauvegarder et à valoriser : en effet, c’est l’homme qui est l’auteur, le centre et la fin de toute la vie économico-sociale. »

Sur le plan culturel, où une globalisation peut entraîner un nivellement et un éclectisme, avec le risque de faire disparaître la capacité de poser les questions fondamentales de l’existence humaine. Sur le plan de la richesse et de son corollaire la pauvreté, l’encyclique rappelle ce qui devrait contribuer à la formation d’une conscience solidaire : « l’alimentation et l’accès à l’eau comme droits universels de tous les êtres humains, sans distinction ni discrimination ». Il n’y a de développement humain intégral que dans la solidarité en faveur de la vie, pour les peuples en voie de développement comme pour les personnes, pour chacune des personnes, avec cette forte conviction qui fait le lien entre vie, respect de la vie et développement : « L’ouverture à la vie est au centre du vrai développement ».

Sur le plan religieux, où le développement ne peut se faire au détriment du droit à la liberté religieuse. Le développement intégral prenant en charge toutes les dimensions de l’homme, il en va aussi de la dimension spirituelle de l’homme. Si nous disons l’homme créé à l’image de Dieu, alors « Dieu est le garant du véritable développement de l’homme, dans la mesure où, l’ayant créé à son image, Il en fonde aussi la dignité transcendante et alimente en lui la soif d’être plus ». La complexité du développement fait intervenir plusieurs niveaux de savoir humain.L’interdisciplinarité est donc le maître mot de sa présentation. Il faut donc l’ordonner. Le principe d’ordonnancement tient dans l’articulation entre la charité et le savoir.


« L’être humain est fait pour le don ; c’est le don qui exprime et réalise sa dimension de transcendance ». Le don est ce qui est donné tout autant que ce qui est à recevoir. Le don de Dieu fait comprendre à l’homme qu’il n’est ni son origine ni sa fin. Ainsi l’homme n’est ni l’auteur de sa vie, ni de sa société, et son bonheur ultime ne peut se trouver dans les formes immanentes de bien-être matériel et d’action sociale. Si foi, espérance et charité sont le don de Dieu aux hommes, l’espérance chrétienne sera une puissante ressource sociale au service du développement intégral, dans la vérité qu’il cherche de toutes ses forces. Le don appelle aussi la gratuité, expression de la fraternité qui devient ainsi une communauté vraiment universelle répondant à l’appel du Dieu-Amour, sans exclure les requêtes de justice.
Le développement intégral prenant en compte les registres de la mondialisation, de la responsabilité à l’égard des autres et l’économie, la finance et la politique devant être ordonnées à ce développement intégral nous voyons ouvert un champ immense d’investigation dont le propos central est l’homme, la promotion de l’homme.
L’encyclique analyse le type de développement qu’a connu l’humanité depuis 1976. Sommes-nous passés de conditions moins humaines à des conditions plus humaines ? Si le texte signale l’amélioration des conditions de vie dans les pays développés en particulier de l’espérance de vie, le rattrapage de certains pays comme la Chine et l’Inde, l’avènement de la démocratie en Europe de l’Est, il insiste surtout sur les aspects négatifs : augmentation des inégalités, déclin de l’État Providence dans les pays développés, montée du chômage et de la précarité, crise écologique et ses conséquences pour les pays les plus pauvres, augmentation du nombre de personnes souffrant de malnutrition. L’encyclique met en cause la financiarisation de l’économie mondiale et constate la non-réalisation du bien commun et de la justice.
L’encyclique interroge l’agir économique en montrant qu’il est complexe, qu’il ne peut être découplé de l’agir politique. Cet agir n’est pas constitué du seul intérêt mais aussi d’autres principes tels que le don ou la réciprocité. « En guise de conclusion, l’encyclique propose une régulation du marché, en particulier de la finance, au niveau national et international. Elle montre que le processus en cours n’est pas inéluctable et que la crise écologique doit pousser au discernement, à la réflexion sur un développement plus humain et à l’action. Elle appelle les chrétiens, avec les autres, à agir dans toutes les sphères, et en particulier dans la sphère économique : domaine de la production, de l’échange, de l’assurance et de la finance solidaire. »
Marie-Thérèse Taupin
« À la base de l’activité économique, il y a les entreprises… Reste à savoir si la seule préoccupation de cette entreprise sera de produire, vendre… ou si ce projet économique sera différent, c’est-à-dire intégrera aussi dans son ambition, l’épanouissement des hommes et des femmes qui participeront à son projet que ce soient les créateurs, les actionnaires, les dirigeants, les salariés, les fournisseurs, les clients, les consommateurs… voire l’humanité toute entière.
Si l’entreprise décide de participer au-delà de son objet social ou économique direct, à une œuvre commune, socialement responsable, inscrite au cœur d’une démarche de développement durable – ou mieux encore à l’œuvre de Dieu –, elle commencera à participer d’un concept nouveau, le développement intégral. C’est à cette aventure que nous invite Benoît XVI dans l’encyclique Caritas in veritate, pour ne mentionner que l’aspect économique et financier qui y est développé. »
Quelques points concrets
Gilles Vernay
Le Pape annonce lui-même son intention : actualiser la pensée sociale de l’Église exposée dans les encycliques de Paul VI ‘Populorum progressio’ (1967) et ‘Sollicitudo rei socialis’ (1987) et l’encyclique de Jean-Paul II ‘Centesimus annus’ (1991). Il s’y réfère souvent en montrant que la situation a changé depuis et qu’elle pose des questions nouvelles. La richesse mondiale a augmenté, mais les inégalités aussi. La croissance économique ne peut donc suffire au progrès. De plus la société est en voie de mondialisation, ce qui comporte des chances et des risques selon ce que l’on cherche en chaque projet : profit maximum, bien commun, respect des personnes… Il faut une évaluation nouvelle des besoins, des moyens, des organisations sociales, économiques, politiques, et des pouvoirs effectifs dont elles disposent. Pour donner envie de la lire, je relève quelques exemples de cette encyclique de Benoît XVI.
|
|
Qu’est un développement intégral aujourd’hui ?
Une économie centrée non sur l’argent et le profit, sources d’inégalités et donc de tensions, voire de luttes, mais sur le bien commun, sur le respect réciproque des droits et devoirs de toutes les personnes (tout au long de leur vie), toutes les communautés humaines, tous les peuples. L’homme a besoin de moyens de vivre, mais aussi de raisons de vipaix. La mobilité du travail, les délocalisations l’angoissent. Avancer vers cette économie est la volonté de Dieu et la mission de tous. Un humanisme sans Dieu est inhumain !
|
|
Comment vivre la charité qui est le dynamisme de la vie sociale ?
Elle se réalisera dans la fraternité. Nous formons tous une seule grande famille humaine unie par l’amour de Dieu. La personne n’est pas seulement individu mais relation d’amour comme en Dieu. La relation est constitutive de la personne. Ceci doit orienter les lois du marché, et conduire à la solidarité : tous sont responsables de tous, dans tous les domaines (répartition du travail, des ressources naturelles, accueil des migrants…). Le Pape souligne aussi la nécessité de la subsidiarité à tous les niveaux, et il souhaite une autorité politique mondiale reconnue par tous. Le Projet Pastoral Paroissial reprend dans un langage plus simple et concret les points majeurs de l’encyclique. Invitation à lire et travailler les deux, car l’Église est au service des personnes. Cela fait partie de sa mission d’évangélisation.
L’encyclique... sur internet
de nombreux sites donnent accès au texte intégral et à des commentaires plus ou moins développés : par exemple :
Ces articles sont souvent extraits du bimensuel Eglise en Ille-et-vilaine... DEMANDEZ-NOUS UN N° GRATUIT !